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Lorandilas IV
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MessagePosté le: 14/12/2009, 04:30 Répondre en citantRevenir en haut

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Le garde-chasse interrompit sa marche. Le roi l'avait fait mandé ; plus tôt dans la journée, une estafette avait porté une missive cachetée, portant le sceau du roi d'Acenroc, et le message qu'il contenait, signé de la main même du suzerain, exigeait la présence du garde-chasse auprès du roi le plus tôt possible. Le garde-chasse Raoul présenta le sceau aux gardes des appartements royaux, qui, voyant le sigle de Sa Majesté au dos de l'enveloppe, s'effacèrent tout en ouvrant béant les épaisses portes ornementées en bois pour lui céder le passage. On referma les portes derrière lui et il patienta dans une antichambre quelques instants, au terme desquels un laquais, richement vêtu, se présenta et le pria de le suivre.

Dans la pièce suivante, vêtu d'une ample robe de chambre cousue de fil d'or, se trouvait le roi Lorandilas IV. Raoul fit une profonde révérence, comme les formalités d'usage à la cour l'exigeaient en tout temps et en tout lieu ; mais, le roi, agacé, fit une grimace et demanda à l'homme de se relever.

« Mon très cher Raoul, ne me fatigue pas de tes manières. Si je t'ai fait mandé ici, dans mes appartements personnels, ce n'est très certainement pas dans le but d'échanger de fausses manières. Sois à ton aise, prends un siège. »

Le garde-chasse fit tel qu'on le lui demandait et, s'asseyant au banc que lui avait désigné le vieux monarque, il remercia son royal hôte.

« Je remercie Sa Majesté de son hospitalité. »

Le roi ne répondit pas. Il semblait à Raoul que le vieillard se brisait, comme écrasé par le temps qui passe : le dos courbé, il semblait s'être libéré des manières et de la prestance qu'exigeait la moindre de ses apparitions publiques et administratives. Le souci se lisait toutefois sur son visage, et il ne passa une minute qu'à nouveau, il s'adressa au garde-chasse, qui, silencieux, observait dans le respect le silence du roi d'Acenroc.

« Raoul, j'ai longtemps réfléchi aux problèmes qui en ce jour nous occupent. En qualité de garde-chasse et d'ami personnel, je puis te mettre au courant de certaines choses, dont les gens de ton rang ne devraient jamais normalement découvrir le secret. Mes conseillers me sont fidèles, je n'en doute pas, mais chacun à leur manière : je sens déjà des dissenssions entre eux, au sujet de mon règne ; et cela m'attriste, d'autant plus que je sens la mort venir. Je ne sais plus en qui avoir confiance, Raoul, mais sache que tu as toujours été pour moi l'ami qu'un chef ne peut avoir, de par les nombreuses tâches dont il est responsable. C'est pourquoi je te demanderai une faveur personnelle, car j'ai confiance en toi et en tes capacités.

— Comme il vous plaira, Majesté.

— Ne dis pas cela, Raoul ! La mission que je m'apprête à te donner est périlleuse et met en cause les fondements même de notre nation, répondit le roi, en entamant les cent pas tout autour de ses appartements. Oui, c'est une mission périlleuse, car afin de sauvegarder le royaume, il faudra d'abord le détruire. Raoul, ce que je te demande, c'est d'effectuer une mission de la plus haute importance, sous le couvert de l'anonymat le plus total. Si on découvrait les motivations de cette entreprise, le royaume tomberait en lambeaux et moi-même, souverain de ces terres, ne pourrais l'empêcher.


Le garde-chasse déglutit difficilement. Il acquiesça cependant, tel qu'il croyait bon de le faire en présence de son roi.

« Je comprends, Majesté. Comment puis-je me rendre utile ?

Il y a eu une réunion du conseil, ce matin. Il en est ressorti très clairement que le royaume court à sa perte, sans une relance économique majeure et dont l'impact se ferait ressentir. Les maigres récoltes de l'année précédente n'ont pas amené suffisamment de revenus : dépouiller les paysans pour garnir le trésor royal n'est pas une alternative envisageable, car procéder ainsi signifierai saigner à blanc le peuple, et par conséquent l'entité qu'il représente. J'ai eu vent de la visite diplomatique du peuple de Sithis, qui souhaite parlementer avec nous... l'entretien des liens que nous avons mis si longtemps à établir avec nos voisins est une priorité, mais ce n'est pas suffisant. Le bon maintien du royaume exige dans l'immédiat des ressources, et c'est là que tu devras intervenir.

Le roi Lorandilas IV marqua une brève pause, à la suite de laquelle il énonça :

« Raoul, ce que je te demande, c'est de voler au temple de quoi suffire à maintenir une partie du trésor royal pendant un temps. Les chefs des priants d'Osédis ont en leur possession de nombreuses ressources. Comprends-tu pourquoi cette mission doit rester anonyme, et ne jamais en voir dévoiler le plan et la mise en place ? Raoul, je ne peux faire autrement que cela. Tu dois faire disparaître ces ressources du temple, cette institution des plus puissantes du royaume. Qu'en feras-tu ? »


Dernière édition par Lorandilas IV le 06/01/2010, 20:03; édité 1 fois
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 15/12/2009, 02:23 Répondre en citantRevenir en haut

Le temps était particulièrement froid, bien que la neige ne fut pas très présente : le vent était particulièrement tenace, comme à l'habitude. Raoul marchait en tête de plusieurs hommes, dont la suite formait une sorte de cortège bien particulier, aux couleurs et aux manières très distinguées. Pour l'occasion, le garde-chasse s'était muni d'une perruque et d'un maquillage finement peaufiné, de sorte qu'il fût pour quiconque impossible de le reconnaître sous son déguisement ; et à sa suite, une demi-douzaine d'individus, portant de petits coffres de bois, marchaient silencieusement en tentant tant bien que mal de se protéger du froid mordant de l'hiver.

Ces hommes étaient des gens sous l'autorité du trésorier et leur principale fonction était de surveiller, nuit et jour, le trésor royal afin de le protéger contre toute atteinte ; par ailleurs, c'étaient eux dont on avait chargé le transport de l'or du roi, en toute et pour toute cause, et en tout temps. C'étaient les gardiens du trésor, et bien que richement vêtus et faisant partie d'une certaine classe de noblesse, leur autorité se limitait au simple exercice de leur fonction.

« Nous y sommes. »

Raoul s'arrêta devant le temple, dont les murs sculptés, propulsés en hauteur, semblaient se perdre dans les nuages et bien au-delà, alors que derrière lui les gardiens du trésor formèrent une ligne en patientant. Le garde-chasse déguisé s'approcha alors des vastes portes du temple et par trois fois frappa sur le bois en usant d'un grand cercle de fer fixé à la porte de droite. Son coeur battait la chamade, car ce moment devait décider du sort de son importante mission. Il sentit une sueur froide lui parcourir l'échine : jusqu'à présent, ni les gardiens du trésor ni les paysans ne l'avaient reconnu, et il espérait ardamment qu'il n'en fut pas autrement pour les membres de l'ordre du temple d'Osédis.

Dans un long grincement, les portes s'ouvrirent sur une grande antichambre, au pas de laquelle un prêtre, vêtu d'une longue toge blanche, les accueillit avec surprise ; car nul n'ignorait l'emblème des gardiens du trésor, et nul ne souhaitait leur passage. Le vieux prêtre reprit contenance et, du ton monocorde propre aux hommes de foi, il énonça :

« Salut ! gens du roi. Je suis le frère Olen, et représente le temple d'Aroc en l'absence du père Loran. Que vaut la visite des gardiens du trésor, en ces temps durs où la foi est rudement mise à l'épreuve ? »

Le garde-chasse prit garde à bien couvrir sa voix sous un ton qu'il s'était longtemps exercé à user, pour l'occasion.

« Frère Olen, je me présente en ces lieux sacrés au nom du roi Lorandilas IV, et en son nom également je viens demander le concours du temple ; en effet, Sa Majesté m'a chargé de vous livrer ces mots, et nul autre : "Que le temple soit témoin de la modestie dont se pare le roi face à sa splendeur et à sa prospérité ; que le temple veuille bien effectuer, dans l'immédiat, un prêt en or et en ressources au roi d'Acenroc, en échange de quoi le roi s'engage à annuler, sur une période de vingt années, les coutumes à payer annuellement à sa Majesté en guise de fidélité, et en échange de quoi le roi s'engage à remettre, dans un délai de cinq années, le montant emprunté plus les intérêts attenants, en guise de bonne volonté et de remerciements au temple ". Acceptez-vous l'offre du roi, frère Olen ? »
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 16/12/2009, 04:33 Répondre en citantRevenir en haut

[ HRP : suite demain, car pour l'heure, Lorandilas est fatigué ! Cours d'escrime oblige... ce message sera édité lorsque son contenu sera prêt à être posté ]




Plus tôt.

Raoul soupira, car il connaissait bien son souverain, et l'insistance dont ce dernier faisait preuve quant à la discrétion et à l'importance de la mission revêtait, pour lui, un caractère d'une extrême délicatesse ; en effet, bien qu'il aimât le roi comme un ami, le garde-chasse eût désiré davantage qu'on l'exempte de ce genre de missions, qu'il savait périlleuses ; mais, en tant que suzerain, la parole de Lorandilas IV avait force de loi et sa confiance, rarement aussi entière que celle en Raoul, ne devait jamais être trahie et encore moins par un ami.

Le garde-chasse Raoul s'exprima en ces termes :

« Majesté, je me charge de cette affaire, et il sera fait comme vous l'entendez. Nul ne découvrira ce qui s'est dit et vu en ces temps et en ces lieux, j'en fais le serment.

Comment comptes-tu t'y prendre, mon ami ? s'enquit le vieux roi. Mieux vaut que je sois au courant, car toute aide que je pourrai t'apporter, sans compromettre la légitimité de mon règne, sera la bienvenue. »

Le garde-chasse, l'air pensif, croisa les bras, ainsi qu'il le faisait lorsque son esprit plongeait dans une intense réflexion. C'était un fait, Raoul était un être doté d'une vivacité d'esprit étonnante, surtout de la part d'un homme qui, dans le passé, n'avait jamais côtoyé la noblesse du royaume et qui, par conséquent, n'avait eu droit qu'à une pauvre éducation.

« Je ne sais pas exactement encore comment m'y prendre, avoua-t-il en posant fixement son regard dans les yeux du souverain. Mais une idée m'est spontanément venue, lorsque vous avez mentionné le temple pour la première fois : n'existe-t-il pas, depuis tout récemment, ce groupe de trouble-fêtes qui aime à être appelé, assez vulgairement, la Verge d'Osédis ? J'ai lu des rapports de certains capitaines du Ier Bataillon, où il est fait mention, notamment, de vandalisme sur le temple, d'insulte à l'égard d'un homme pieu et de tentative de vol, tous des faits reprochés à ce groupuscule d'individus peu recommandables. Je pensais... »

Lorandilas IV interrompit soudainement Raoul, et, brusquement, éclata d'un rire franc en déclarant :

« Ah, mon vieil ami, tu es un vrai génie. Tu veux faire d'une pierre deux coups, n'est-ce pas ? »




Altaïr : Prends ton temps. Moi j'attends la suite.
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 17/12/2009, 01:17 Répondre en citantRevenir en haut

[ HRP : Voilà, message précédent édité. Il en sera de même pour le message suivant, et celui d'ensuite, etc... ]




Camouflé sous son déguisement de noble, Raoul suivit le frère Olen, qui écoutant l'offre du roi avait accepté la proposition ; le garde-chasse n'en doutait point : c'était là, pour le temple d'Osédis et pour ses priants, un confort qu'ils se faisaient dans leurs idées de grandeur et d'expansion. Nul n'ignorait que le temple était une institution exclusive, qui par son organisation se détachait de tout engagement envers le royaume, sauf le paiement de coutumes annuelles ; autrement, le temple d'Osédis disposait de sa propre hiérarchie et de son propre fonctionnement, de même que de son propre trésor. Que le royaume demandât l'aide du temple exprimait, dans le haut conseil des hommes de foi, une forme indubitable de suprématie qui, exploitée avantageusement, mènerait à une expansion certaine de la religion dans le royaume et peut-être même au-delà. Raoul sourit intérieurement, car jusqu'à présent, le plan fonctionnait à merveille : ni le prêtre ni les gardes du trésor ne se doutaient de rien.

Le temple était grandiose et l'ambiance sobre, propre à la plupart des lieux de foi et de prière d'Acenroc ; les hauts murs étaient tout de marbre construits et chacun d'entre eux arboraient, par un jeu fascinant d'ombre et de lumières, des gravures qui au rythme des pas semblaient prendre vie. Raoul reconnut une représentation du dieu Osédis, représenté par un vieil homme barbu par-delà des flots déchaînés. Bientôt, on arriva à une petite poterne qui, une fois passée, déboucha sur petite porte de bois munie de multiples verrous.

À ce moment, le frère Olen se retourna et déclara, à l'intention du faux noble et de sa suite :

« Mes seigneurs, à partir de ce lieu, je me dois de solliciter votre patience. Ces lieux sont sacrés et seuls les hommes de foi sont autorisés de passage. Prenez votre aise dans cette antichambre. Je ne serai pas très long : mes frères procéderont, avec mon aide, à ce que l'or et les ressources que Sa Majesté requiert urgemment puissent vous être accessibles. Patientez, je vous prie.

Merci, frère Olen, répondit Raoul. Nous ferons tel qu'il nous a été demandé. »

Au moment où le prêtre se retourna pour passer la porte, Raoul devina un petit rictus sur les lèvres de l'homme pieu, et pensa alors : Il est dans ma poche, et fera tout pour maintenir cet illusoire avantage.

La porte se referma lentement et dès lors, ce fut le silence qu'accompagnait d'ordinaire les lieux de culte. On pouvait distinguer, entre les grandioses colonnes qui soutenaient la toiture du temple, des gravures impressionnantes sur les murs opposés ; il était de coutume, dans le royaume, d'orner et de décorer bâtiments et meubles de sculptures et de gravures, plutôt que de peinture ou d'encre. Le royaume regorgeait de marbre et de minerai que l'on pouvait façonner en maîtres. Le regard de Raoul se posa sur cet ensemble impressionnant de plaisirs visuels, et en son coeur il en garda une impression amère : alors que le royaume courait à sa perte, le temple était à l'apogée de sa gloire, érigeant de nouveaux lieux de prières un peu partout sur l'île. La mission devait réussir, et le garde-chasse s'obligea au succès.

Mais alors parvint à l'antichambre un écho de panique : on entendit des cris au-delà de la porte, qui, bien qu'étouffés, parvenaient parfaitement aux oreilles de Raoul.

« Sacrilège ! Où est l'or ? Où est... où est le trésor ? »

Le frère Olen surgit alors de la petite poterne, accompagné de frères que Raoul ne connaissait pas. Ils étaient blêmes et, tout chancelants, balbutièrent, en proie à une émotion violente :

« L'or a disparu... tout a disparu ! Le temple... »

Raoul sentit son coeur faire un bond dans sa poitrine et, durant un court instant, il éprouva lui aussi un puissant vertige, qui l'obligea à prendre appui sur un garde du trésor. Il réprima de toutes ses forces un incoercible sentiment d'allégresse, le coeur débordant : le plan avait fonctionné et ne faisait que débuter son cours cruel.


Dernière édition par Lorandilas IV le 18/12/2009, 00:45; édité 3 fois
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 18/12/2009, 00:41 Répondre en citantRevenir en haut

[ HRP : Voilà, message précédent édité. Il en sera de même pour le message suivant, et celui d'ensuite, etc... le prochain message sera sans doute particulièrement long, [del]et sera suivi de deux autres messages, qui termineront ce premier mode Voyage de ma carrière !

EDIT : Ce mode voyage sera finalement un peu plus long que prévu ! Je suis dès demain en vacances pour quatre mois... j'aurai donc amplement le temps de livrer la marchandise plus rapidement. ]





Plus tôt.

Le garde-chasse se raidit et d'un geste exigea le silence ; aussitôt, ce dernier se fit, et l'on patienta. La nuit était fraîche, car le printemps n'avait encore qu'entamé son cours, tardif cette année-là, et cela faisait maintenant plusieurs heures que Raoul épiait une petite auberge, bien hors de vue, accompagné de deux mercenaires. Les renseignements qu'il avait acquis lors de son entretien secret avec le roi l'avaient mené à une piste particulière, dont le but ultime visait à contacter, d'une façon ou d'une autre, la tête dirigeante de ce groupe désigné sous le nom de la Verge d'Osédis : le rapport rédigé par le capitaine Maltès lui fut envoyé, sous un nom d'emprunt, et une étude sommaire et rapide du document avait suffi à aiguiller le garde-chasse quant à la direction à suivre. Il semblait, selon toute vraisemblance, que la Verge d'Osédis opérât depuis le quartier marchand d'Aroc, et que l'un des lieux choyés de leurs membres fût l'Auberge du Chien Vert, dont il assurait la surveillance depuis le crépuscule.

« Merde, les gars, je vous paie pas pour qu'on se fasse repérer. »

L'un des deux mercenaires, le plus grand, grogna, tandis que l'autre se renfrogna. Raoul cracha par terre, écoeuré. L'usage des services des mercenaires n'était, dans le royaume, que très restreint, bien qu'ils fussent très présents ; en effet, leurs méthodes demeuraient, aux yeux de la noblesse, un affront à l'honneur des hommes, et leurs services étaient toujours requis dans l'ombre et le secret, de sorte que bien souvent, on leur commandait des meurtres et des assassinats sans cérémonie. Les missions d'observation et d'espionnage ne leur convenaient guère, et le garde-chasse soupira dans sa barbe : il se méfiait, mais n'avait pas le choix.

Soudain, la porte de l'auberge s'ouvrit à la volée et un homme fut projeté avec force sur la pierre froide de la rue, accompagné dans sa chute de cris de protestations et de vivats joyeux venant de l'intérieur. On eût dit qu'une escarmouche avait éclaté dans la petite auberge, comme il était de coutume d'en rencontrer en ces lieux de soûlerie et de violence. Deux hommes surgirent à nouveau de la porte béante et se ruèrent sur le blessé, échappant dans leur geste à plusieurs bouteilles qui, lancées de l'intérieur, vinrent se fracasser dans un éclat sonore au centre de la ruelle. Tout en rigolant, ils se mirent à insulter l'homme :

« Qu'est-ce que tu racontes, vieux pourri ? Osédis te voit, et il te dit qu'il a une plus grosse...

Voilà nos hommes, souffla Raoul, il s'agit bien de la V...

...verge que la tienne ! Bouhou, rentre chez toi, le paumé ! Et profite bien de la mégère, avant que ton dieu ne la prenne et en fasse des bâtards ! »

Le grand mercenaire pouffa et Raoul lui jeta un regard noir, lui intimant d'un geste autoritaire le silence le plus absolu ; toutefois, les deux membres supposés de la Verge d'Osédis étaient sans doute trop ivres pour constater leur présence non loin de là : sans se retourner, ils rentrèrent dans l'Auberge du Chien Vert tout en riant aux éclats. La porte se referma avec fracas derrière eux, et à travers la porte close on entendit les exclamations propres à une querelle de soûlon, tandis que l'on apercevait, par l'unique fenêtre donnant sur la rue, l'aubergiste qui vainement tentait de calmer ses clients ivres. Le garde-chasse se retourna promptement vers le grand mercenaire et, l'empognant au collet, le menaça :

« Écoute-moi bien, espèce d'abruti de doryphore. Je me suis bien renseigné avant de t'engager, et je sais que les chiens aimeraient bien voir ta tête au donjon, si tu oses une fois de plus compromettre ce pourquoi je t'ai engagé. Dis-toi bien que tu ne me connais pas, et que moi, je te connais. Maintenant, si tu désires ton or et te faire oublier quelque temps, fais ce que je dis et sans la moindre erreur. Pigé ? »

Raoul lâcha prise. La colère se lut un bref instant dans les yeux de l'autre, mais ce dernier s'abstint.

« C'est aussi bon pour toi, avertit Raoul à l'adresse du mercenaire silencieux. Maintenant, restez ici et patientez. Je vais à l'intérieur. Au moindre signe suspect, un coup de sifflet. Pigé ? »
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 19/12/2009, 20:34 Répondre en citantRevenir en haut

Suite.

Raoul pénétra à l'intérieur de l'auberge et dût, dès son entrée, s'accroupir afin d'éviter avec adresse une assiette de porcelaine, dont le vol s'acheva avec fracas sur le mur opposé de la grande pièce. Un regard rapide sur l'ensemble de l'auberge permit à Raoul d'appréhender un chaos comme il en avait rarement vus, même au beau milieu d'un combat de troupes ennemies, sur un champ de bataille : la pièce empestait l'alcool et, mêlée à cette forte odeur, se sentait la putride effluve de vomissements et d'excréments humains ; et, à cette ode à l'horreur s'ajoutait une violence presque animale, tant les gens, dans leur buverie, semblaient ne guère se soucier d'avoir en face un ami ou un pur inconnu, un jeune homme ou un vieillard, afin de blesser et de mutiler. Le garde-chasse fut stupéfait devant cette scène, car il avait déjà assisté à un spectacle d'auberge, mais jamais emprunt d'autant de violence et de barbarie.

« Mais qu'est-ce qu'ils ont tous... ? » balbutia Raoul en évitant un soûlon armé d'une fourchette.

Il se fraya un chemin entre les clients de l'auberge, dont la plupart était en proie à d'étranges comportements : alors que certains se battaient, d'autres semblaient parfaitement endormis, au coeur même de la mêlée ambiante ; à une table recluse, d'autres encore jouaient aux cartes, insensibles aux cris et aux odeurs environnantes. Arrivant à portée d'ouïe de l'aubergiste, il cria, afin que l'homme rondelet fût en mesure de bien discerner chacune de ces paroles :

« Où sont allés les deux types qui sont sortis, il y a à peine deux minutes ? »

L'aubergiste lui jeta un regard suspicieux, de sorte que le garde-chasse Raoul s'empressa d'ajouter, afin d'écarter tout soupçon :

« Je les ai vu éclater ce paumé dans la rue, et je voulais leur dire que je suis d'accord avec eux. »

Ce faisant, il adopta un air niais, tentant ainsi, par imitation, de passer pour un pauvre quidam de passage à l'auberge, et aussitôt l'aubergiste fut prit au jeu, tant le chaos provoqué par quelques clients saoûls le préoccupaient davantage.

« Vous voyez la table, où certains jouent aux cartes ? s'enquit le bonhomme en pointant du doigt l'extrémité de la pièce. Demandez Jon et Brent, ce sont eux que vous cherchez. Mais attention : ils aiment pas les types de votre genre, qui fouinent partout. Si j'étais vous, je laisserais tomber. »

Raoul remercia l'aubergiste et, d'un pas assuré mais lent, il se dirigea vers le lieu que lui avait désigné son interlocuteur, évitant ça et là d'être impliqué malgré lui dans le chaos assourdissant de la pièce : une fois, il fût atteint d'un coup et poursuivit son chemin, tout en titubant de façon excessive, de façon à rendre l'illusion d'être saoûl. Ce faisant, il repéra mentalement la sortie de l'auberge et observa rapidement, du coin de l'oeil, la table des joueurs, afin d'en compter le nombre attablé ; car, maintenant plus que jamais, la mission que lui avait confiée Lorandilas IV lui intimait une prudence des plus entières. Alors, il s'adressa au premier, qu'il reconnût pour être l'un des deux agresseurs de la Verge d'Osédis :

« Jon et Brent, c'est qui ? »

Les quatre quidam se regardèrent, inquiets, puis celui à qui Raoul se fût adressé lui demanda, d'un ton cassant :

« T'es un chien ?

— Ah, si seulement tu savais, le rougeaud. Des chiens, j'en mange quand j'ai faim, et j'en chie quand j'en ai envie. Non, mais ! regarde-moi bien, espèce d'abruti, et dis-moi : est-ce que j'ai l'air d'un chien ?
»

Contre toute attente, le petit bonhomme au visage cramoisi éclata de rire et, se levant promptement, fit une brève mais chaleureuse accolade au garde-chasse. Il s'exprima en ces mots :

« Tu sais, je te connais pas encore, mais je t'aime bien. Tu as des couilles, beaucoup plus que ce paumé d'Osédis. Moi, c'est Brent. Jon n'est pas là. Comment sais-tu mon nom et qu'est-ce que tu me veux ? »
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 19/12/2009, 21:04 Répondre en citantRevenir en haut

Suite.

Brent referma la porte de la petite chambre derrière lui, de sorte que, ce faisant, le garde-chasse et lui fussent seuls dans la pièce, située à l'étage de l'Auberge du Chien Vert ; Raoul l'avait attiré en ces lieux, invoquant une discussion privée. Avant même que Brent se retournât, Raoul le plaqua violemment contre la porte qui, sous l'impact, menaça de s'effrondrer par le couloir attenant, et le garde-chasse, de son bras droit, maintint la tête de son opposant bien contre le mur, afin que ce dernier ne soit en mesure d'entamer de geste de protestation.

« Mais qu'est-ce qu...

— Silence. Un seul mot, et je siffle ; et alors, il en sera fait de toi et de tes petites activités de terreur. Tu m'as bien compris ?
»

L'autre acquiesça silencieusement. La peur se lisait dans son regard, dont l'éclat semblait s'être animé de panique et d'appréhension, et, la respiration tremblotante, il se mit à trembler violemment. Ignorant la couardise de Brent, le garde-chasse débuta son exposé, qu'il avait au préalable conçu pour le moment où il prendrait contact avec un membre de la Verge d'Osédis.

« Vos activités sont terminées, à toi et à la Verge d'Osédis. Va voir ton chef et dis-lui bien ces mots, et surtout n'oublie aucun d'entre eux : "La police du royaume n'ignore rien de vos agissements, et encore moins rien de ceux qui composent la tête du groupe que l'on nomme communément la Verge d'Osédis. La police ignore toutefois certaines informations, connues uniquement de moi, et qui, si elles venaient à être révélées, pourraient bien signifier la fin du petit règne de terreur de la Verge dans la ville d'Aroc. Je propose un échange d'informations, et pour ce faire, rendez-vous devant le temple, dans deux jours, peu après le crépuscule. " M'as-tu bien compris, Brent, et as-tu bien compris l'importance de cette rencontre pour toi et ton petit groupe de chenapans ? Crois-moi, il n'y a rien de plus comique qu'un petit groupe tel que le vôtre et qui, pensant être tout puissants, se mêle des affaires des organisations beaucoup plus grandes que lui. Je finirai par ceci, en ces lieux et en ce temps : il est inutile de fuir, car ce que la police ignore, je le sais, et je saurai vous retrouver. Rendez-vous dans deux jours. »

Puis, projetant le pauvre homme sur le sol, il coinca un sifflet entre ses dents et souffla de toutes ses forces, avant de s'éclipser, d'un bond, par l'unique fenêtre de la petite pièce.
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 19/12/2009, 22:08 Répondre en citantRevenir en haut

Le frère Olen présenta au garde-chasse Raoul un petit bout de tissu lacéré, dont les dimensions n'excédaient pas la paume d'une main d'adulte, et sur ce dernier figurait, incomplet, un sigle bleu sur fond blanc ; portant un regard attentif sur ce dessin, Raoul vit qu'il s'agissait d'un large cercle dont la circonférence était coupée en quatre points par deux traits se rejoignant en forme de pointe.

« Mais, c'est... commença-t-il tout en tenant le bout de tissu.

C'est bien cela, monsieur : il s'agit bien de l'emblème de ce groupe blasphématoire, qui en a après sa Grandeur Osédis, et qui par de vils actes contribuent au chaos dont cherche à se protéger le temple. Nos enseignements nous apprennent la compassion et l'ouverture ; or, ce groupe devient de plus en plus présent dans nos affaires, tentant de porter discrédit à la parole de nos textes religieux. Et voici maintenant que le trésor du temple disparaît, et que justement nous retrouvons ici, en ces lieux sacrés, l'emblème d'un groupe qui nous est opposé, en tout et pour tout ! »

Raoul voulut parler, mais, sans lui en laisser l'occasion, le frère Olen le coupa :

« Que croyez-vous que fera notre père Loran, lorsqu'il apprendra la nouvelle ? Gens du roi, le temps urge et je requiers, au nom du temple, l'aide de la police du royaume afin de recouvrer, à tout prix, ce qui a été volé au temple. Il n'y avait pas là uniquement que de l'or et diverses ressources : on retrouvait également de nombreux artefacts d'une très grande valeur, dont la conception date d'avant même l'arrivée du premier de nos prophètes. Parlez à votre roi, gens du trésor, car c'est bien en retrouvant le nôtre, et uniquement dans ce cas, que pourra vous être accordé le prêt que vous nous demandez.

Mon frère, cela risque de n'être pas facile. Plusieurs de nos rapports de police font état de crimes mineurs, perpétrés par les gens de la Verge d'Osédis — pardon —, mais il reste toutefois énormément à faire, dans le dessein ne serait-ce que de coincer plusieurs de leurs membres. J'ai bien peur qu'en l'occasion, le trésor du temple soit en grand danger de disparaître à jamais. »

Il émit une courte pause.

« Mais voilà bien une situation fâcheuse : le roi risque d'en être profondément troublé. Qu'il en soit ainsi, frère Olen : je ferai parvenir la nouvelle à Sa Majesté, en prenant toutefois les précautions nécessaires à ce que les rumeurs ne circulent pas trop à ce sujet : je crois que cela ternirait l'image du temple. Êtes-vous d'accord ?

— Merci, et de grâce, faites vite. Le temps urge.
Lorandilas IV
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MessagePosté le: 19/12/2009, 22:41 Répondre en citantRevenir en haut

Plus tard.

Le groupe de mercenaires se réunit tout autour du garde-chasse, qui tout en levant le bras avait exigé qu'on l'écoutât. Le silence se fit aussitôt, car bien que les mercenaires fussent des guerriers à la discipline toute relative, Raoul possédait ce caractère de chef, qui intimait à quiconque d'obéir à son moindre commandement ; et, oubliant le froid mordant de la nuit, il grimpa aux charettes, au sommet desquelles le vent sec se faisait beaucoup plus poignant. De la sorte, il s'assurait d'être entendu de tout un chacun, et en ces termes il énonça :

« Mes amis, vous avez été engagé par moi dans un dessein particulier, et c'est avec une grande joie que je vous informe, tous, que ce but pour lequel nous sommes tous réunis, en ces lieux et en ces temps, a été atteint, et de belle façon. Vous serez tous payés comme convenu, plus un bonus que je me fais plaisir d'offrir personnellement à chacun d'entre vous, en remerciement pour vos services. »

Il y eut des vivats, car les mercenaires étaient impatients d'être payés pour leurs services. Lorsque les exclamations se furent calmées et que l'on pût parler et être entendu, une voix s'éleva du groupe de mercenaires, et fit une question :

« C'est sûr qu'on nous a pas entendu, chef ? Je veux dire : on a fait pas mal de bruit, pour se rendre jusque-là.

Ne t'inquiète pas, le rassura le garde-chasse. Tu peux dormir tranquille ce soir : j'ai organisé une réunion au moment où vous progressiez vers le lieu du butin, et je ne doute pas qu'on ait remarqué la présence des membres de la Verge à proximité du temple, plutôt que le bruit des pioches et des pelles sous la rue, dans les égoûts. Lorsque j'ai rencontré Brent, il y a deux soirs, et qu'il fût sous mon emprise, j'ai lacéré un lambeau à son vêtement, que mon ami ici présent a bien pris soin de laisser derrière lui, au moment pour vous de quitter la voûte sous le temple. »

Un des mercenaires s'avança et, se retourna, arbora un large sourire. C'était le mercenaire qui, en présence de Raoul, avait épié l'auberge deux soirs plus tôt, et qui par son imprudence avait failli trahir leur présence. Le garde-chasse continua ses explications :

« Nul doute ne subsiste, mes amis : les soupçons sont à l'heure actuelle portés sur la Verge d'Osédis, et nul ne découvrira jamais qui a volé le trésor sacré du temple. Prenez votre or, et que je ne vous revoie jamais ! »

Sur ce, le garde-chasse Raoul sauta à bas des charettes et, ce faisant, la couverture de laine qui avait été apposée sur leur chargement tomba sur le sol ; et alors fut dévoilé un amas incroyable d'or, de bijoux, de statuettes et de divers objets, tous plus impresionnants les uns que les autres. C'est sur cet entrefait que le garde-chasse, le sourire au coeur et aux lèvres, fit claquer les rennes d'un chariot voisin, premier d'un convoi long de plusieurs véhicules, et qui suite à Raoul s'engagea hors des murs de la cité d'Aroc. En son for intérieur, le garde-chasse se dit :

« Mission accomplie, Majesté. »
Altähi'R
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MessagePosté le: 20/12/2009, 13:42 Répondre en citantRevenir en haut

En récompense de ce magnifique RP, Acenroc se voit bénéficier de :

  • 400 unités de minerai (Minerai) et 400 unités de bois (Bois) supplémentaires.
  • Raoul se voit conféré 2 points de santé supplémentaires.
Lorandilas IV
Invité

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MessagePosté le: 20/12/2009, 14:23 Répondre en citantRevenir en haut

Wahoo, je ne m'attendais pas à autant. En tout cas, merci, et nous avons dorénavant un point de référence pour ce qui est des récompenses RP.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:25 Revenir en haut

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